Pour les grands bois, ensemble,
Partons au jour naissant,
Et choisissons un tremble,
Un tremble verdissant...
Qu'il soit svelte et superbe.
Ô ma brune aux yeux bleus,
Abattons-le dans l'herbe,
À nous deux.
Il craque, il penche, il plie…
Victoire !... Il est tombé.
Vite, une bonne scie
De clair acier trempé ;
De la racine aux branches,
Dans le tronc vigoureux
Coupons de minces planches,
À nous deux.
Avec les planches blondes
D'où la sève jaillit,
Pour nos noces fécondes
Construisons un doux lit.
La mousse fine pousse
Autour des saules creux :
Emplissons-le de mousse,
À nous deux.
Puis avec la ramure,
Préparons un berceau
Tapissé de verdure,
Frais comme un nid d'oiseau.
Pour la couche légère,
Pour l'oreiller moelleux
Tressons de la fougère,
À nous deux.
Voilà la couche prête,
Voilà l’enfant venu…
Dans la barcelonnette
Il s'endort demi-nu.
Berçons, berçons ensemble
Le mignon aux yeux bleus,
Qui sourit et ressemble
À nous deux.
Imité d’une chanson lithuanienne
André Theuriet
Poésies
A. Lemerre, 1881
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