20 août 2014 3 20 /08 /août /2014 07:13

 

                              I

 

 

Frémit cette vieille forêt forêt proche

forêt blessée

oubliée par mon cri en présence de tant de rêves

 

Est réveillée l'épaisse toile d'araignée de buissons

de branches et d'eaux

qui mènent vers l'inconnu mes fenêtres de rêve

 

Avec l'œil du soleil qui frétille captif

dans ses filets laiteux

elle incline sa tête sous les vents des années

et ses lèvres jeunes murmurent

de vieilles histoires

 

Vieille je suis forêt attirée par ce jeune été

abandonné dans les langes du feuillage

qui pousse depuis longtemps et pousse maintenant pour me trans-

    former en branche

 

Écarte-toi du bord de la fenêtre qui creuse

tant de rêves tant d'ombres tant de fleurs

et va-t'en de nouveau après tant d'années sur leurs traces pâles

 

 

 

                                II

 

 

Dans la toile d'araignée de branches et de buissons

le soleil fait frétiller ses jours

Dans cette toile d'araignée transparente des jours

je tisse mes jeux

 

La rosée a oublié son collier sur la toile d'araignée

du pissenlit

et un nuage rouge écrasera les collines

Je quitte ma petite fenêtre dans le foin

oublié par les eaux de la rivière

et je vais dans la forêt

 

À cause des branches et du vieux feuillage on ne voit pas le ciel

et pourtant les herbes dissimulent en elles tant de lumière

Dans les flaques qui épient sous les buissons

je lave mes yeux

Je veux passer la nuit

au creux des hêtres

Mais en eux à cause de l'haleine des bêtes et de la mousse qui

     pourrit

il fait si humide et si sombre

que beaucoup de fourmis rampent sur mon échine

 

Et avant que je ne pense que c'est la peur

déjà mes jambes sont plus prestes que mes yeux

Et je m'enfuis vers ma fenêtre

au-dessus des eaux de la rivière

pour rêver de la forêt

 

 

 

                              III

 

 

À cause de ma hâte et de ma peur j'ai oublié mes yeux et je ne

     sais pas ce que j'ai vu

Et maintenant à la fenêtre de nouveau coupée en deux

dans une source profonde

j'abreuve le sarment du refus

Il creuse en elle et plonge et cherche

les couleurs perdues de la forêt d'en face

de la vieille forêt

lointaine

 

 

 

 

Mateja Matevski

Poésie macédonienne

Anthologie par Milan Djurcinov

Les Editeurs Français Réunis, 1972

 

SG

 

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Bonne lecture !

Sylvie Gaté