3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 17:48

 

Je caresse à nouveau la douceur

du bois : planche,

planche de mon bureau,

compagne

des heures et des heures sur mes genoux,

où dans l'étonnement du papier

je trébuche, balbutie,

tandis que le plaid rapporté

des îles du nord me protège

du froid, aux heures où le brouillard

fait du Douro une muraille ;

planche qui m'a suivi

de maison en maison, de fleuve

en fleuve, lissée, polie

par des mains qui se sont égarées

dans l'envers des jours.

 

 

 

Eugénio de Andrade

Le sel de la langue

Traduit du portugais par Michel Chandeigne

Éditions de la Différence, 1999

 

 

 

               ♦

   

 

Aricio uma vez mais

 

 

Acaricio uma vez mais a doçura

da madeira : tábua,

tábua do meu ofício,

companhia

de horas e horas sobre os joelhos,

onde no espanto do papel

tropeço, balbucio,

enquanto a manta trazida

das ilhas do norte me resguarda

do frio, em horas a que a névoa

faz do Douro um muro;

tábua que me tem seguido

de casa em casa, rio

em rio, aplainada, polida,

por mãos que se perderam

no avesso dos dias.

SG