9 février 2014 7 09 /02 /février /2014 17:15

 

Les arbres qui pouss'nt dans les squar's,

Trist's, mal foutus et rabougris,

Ce sont les frangins des clochards,

Y z'ont pas droit au Paradis.

 

L' bon Dieu leur marchande l' ciel bleu,

La terre leur est chich'ment donnée,

D' l'air y n'en ont jamais qu'un peu...

Y sont noirs d' poussière et d' fumée.

 

Quelqu' fois pendant les soirs d'hiver,

On dirait des épouvantails,

Quand y grinch'nt difform's et d' travers,

Forêt qu'est poussée au détail.

 

Leurs pauvr's bras maigr's et torturés

Ébauch'nt sous les coups du vent ivre

De grands gestes désespérés

Comm' pour implorer le droit d' vivre.

 

Y rêv'nt sur des jardins chétifs

Où pousse un jaune et rar' gazon,

Aux vrais arbr's qui sont pas captifs

Et qu'ont pour eux tout l'horizon.

 

Faut-y qu' la sève ell' soit tenace

Pour faire éclater leurs rameaux,

Quand vient l' moment où l' printemps passe

Et qu' les coupl's d'amoureux s'embrassent

Sur les bancs et près des jets d'eau.

 

Alors en dépit du ciel blème,

Des maisons sal's, des trottoirs gris,

Y trouv'nt moyen d'êtr' beaux quand même

Et d' mettre un peu d' joie dans Paris.

 

 

 

 

Gaston Bourgeois

Revue Art et Poésie

n°121, janv. 1988