25 mai 2014 7 25 /05 /mai /2014 11:25

 

                                               À André Theuriet

 

 

Aimez et vénérez, ne tuez pas les arbres ;

Ces verts abris tombés, les pays sont moins forts.

Il ne suffit donc pas de la splendeur des marbres :

Tout peuple meurt, après que ses grands bois sont morts.

 

Ce n’est pas seulement pour la douceur du rêve

Par nous goûtée en l’ombre apaisante des bois,

Qu’il conviendra toujours de respecter leur sève,

Sœur pâle du sang rouge et sacrée autrefois ;

 

C’est qu’ils gardent en eux l'âme de la patrie,

Son vieil esprit, ses mœurs, son antique vigueur ;

Quand la sève s'écoule en la forêt meurtrie,

Un peu de notre sang quitte aussi notre cœur.

 

Un être obscur et doux vraiment dort sous l’écorce.

Les chênes autrefois étaient des demi-dieux,

Protecteurs de la race et gardiens de sa force,

Et leur horreur sacrée étonnait nos aïeux...

 

Nous la devons aimer, la forêt fraternelle,

Qui nous épanche encor le silence et la paix,

La paix des jours premiers réfugiée en elle,

En l'obscure fraîcheur de ses rameaux épais ;

 

Et j'ai rêvé parfois qu’étendant sur la terre

À nouveau son empire et son calme divin,

Elle nous survivrait, auguste et solitaire,

Ayant enseveli tout le vain bruit humain.

 

 

 

Jean Lahor

L'illusion 

A. Lemerre, 1925

SG