11 septembre 2017 1 11 /09 /septembre /2017 07:53

 

Sous ton ombrage chaste, chêne ancien,

Je veux sonder la source de ma vie

Et tirer de la fange de mon ombre

Les émeraudes lyriques.

 

Je lance mes filets dans l'eau troublée

Et les retire vides.

Tout au fond de la vase ténébreuse

Gisent mes pierreries !

 

Enfouis en mon sein tes doux feuillages !

Ô chêne solitaire !

Et dépose en mon âme

Ta passion tranquille et secrète.

 

Cette tristesse juvénile passe,

Je le sais ! La gaieté

De nouveau remettra ses guirlandes

À mes tempes blessées,

Mais jamais mes filets ne pêcheront

L'occulte pierrerie

De tristesse inconsciente qui chatoie

Tout au fond de ma vie.

 

Car ma grande douleur transcendantale,

C'est ta douleur, ô arbre,

La douleur même des étoiles

Et des fleurs qui se fanent.

 

Mes pleurs glissent à terre

Et comme tes résines

S'en vont sur l'eau de la grande rivière

Qui vers la nuit froide s'enfuit.

Et nous autres aussi, nous glisserons,

Moi avec mes pierreries

Toi et tes branches pleines d'invisibles

Fruits métaphysiques.

 

Ne m'abandonne pas à mes chagrins,

Ami squelettique,

Chante-moi de ta bouche vieille et chaste

Une chanson antique,

Mots terrestres entrelacés

Au bleu de la mélodie.

 

Je jette de nouveau les lacets sur

La source de ma vie,

Lacets faits de fils d'espérance

Que noue la poésie.

J'en retire des pierres fausses dans la fange

De passions endormies.

 

Au soleil automnal vibrent les eaux

De ma fontaine,

Mais voici que, se déracinant,

S'enfuit le chêne.

 

 

                                              1919.

 

 

 

 

Federico Garcia Lorca

Poésies I

Livre de poèmes

Premières chansons

Le Livre des suites

Gallimard, 1954

SG