11 avril 2014 5 11 /04 /avril /2014 06:50

 

Pour décrire les fleurs d'amandier, l'encyclopédie

des fleurs et le dictionnaire

ne me sont d'aucune aide...

Les mots m'emporteront

vers les ficelles de la rhétorique

et la rhétorique blesse le sens

puis flatte sa blessure,

comme le mâle dictant à la femelle ses sentiments.

Comment les fleurs d'amandier

resplendiraient-elles

dans ma langue, moi l'écho ?

Transparentes comme un rire aquatique,

elles perlent de la pudeur de la rosée

sur les branches...

Légères, telle une phrase blanche mélodieuse...

Fragiles, telle une pensée fugace

ouverte sur nos doigts

et que nous consignons pour rien...

Denses, tel un vers

que les lettres ne peuvent transcrire.

Pour décrire les fleurs d'amandier,

j'ai besoin de visites

à l'inconscient qui me guident aux noms

d'un sentiment suspendu aux arbres.

Comment s'appellent-elles ?

Quel est le nom de cette chose

dans la poétique du rien ?

Pour ressentir la légèreté des mots,

j'ai besoin de traverser la pesanteur et les mots

lorsqu'ils deviennent ombre murmurante,

que je deviens eux et que, transparents blancs,

ils deviennent moi.

Ni patrie ni exil que les mots,

mais passion du blanc

pour la description des fleurs d'amandier.

Ni neige ni coton. Qui sont-elles donc

dans leur dédain des choses et des noms ?

Si quelqu'un parvenait

à une brève description des fleurs d'amandier,

la brume se rétracterait des collines

et un peuple dirait à l'unisson :

Les voici,

les paroles de notre hymne national !

 

 

 

 

Mahmoud Darwich

Comme des fleurs d’amandier ou plus loin

Traduit de l'arabe par Elias Sanbar

Actes Sud, 2007