17 mai 2017 3 17 /05 /mai /2017 16:34

 

Ce matin même, il a neigé des duvets d'arbre

Nous nous sommes hélés sans nous apercevoir.

Aurions-nous abordé l'autre vie par mégarde ?

Nulle césure dans le temps ne se remarque

Sinon ce brouillard de neige dans le miroir.

 

Une légèreté de souffle inhabituelle

Quelques bouffées d'air comme des mains sur nos fronts,

Parfois les duvets d'arbre ont des glissements d'ailes.

On dirait que le ciel dans l'aube se craquelle

Profilant un halo de terre à l'horizon.

 

D'aucuns prétendent que nous avons atteint l'île.

D'autres jurent par Dieu que ce sont jeux du vent

Nous incitant à transfigurer l'invisible :

Fantasmes qui, au gré de l'illusion, défilent

Dans un chassé-croisé des morts et des vivants.

 

Plus je vais, plus je crois au commerce des âmes :

Ébauche d'un dialogue en dialecte inconnu

Que l'on saisit par un crépitement des flammes,

Par un rire de l'eau, un silence des larmes,

Ces passeports de Dieu que le chant restitue.

 

C'est un peu tout cela l'approche du poème

Une navigation mystérieuse en plein jour.

La découverte d'un vocable qui vous mène

De dérive en dérive aux confins de soi-même,

Là où il faut bien en appeler à l'amour.

 

Orgueil et reddition des corps quand l'âme cède

Au plaisir partagé de l'offrande du cœur

Pour un ressourcement panique de la gerbe

En cette assomption de la vie qui s'apprête

À répondre aux aveux d'une charnelle ardeur.

 

Il a suffi d'un duvet d'arbre pour que naisse

Dans nos regards l'éclat d'un printemps ébloui.

Aurions-nous oublié que glisse la jeunesse ?

Mais voulant mériter le fruit de nos promesses

Nous maintenons le cap au devant de la vie.

 

 

 

 

Jean Laugier

Les Navires du Temps

Éditions Caractères, 1989

 

 

 

 

duvets d arbre

SG