12 juillet 2015 7 12 /07 /juillet /2015 18:01

 

Voici le grand arbre de brouillard vert.

Des échafaudages abandonnés l'environnent

sous le pentagramme de l'étoile

là où se perdent les chevaux sauvages

et se perdent les migrations

d'oiseaux et de papillons.

Voici la ville ensevelie dans la lumière

comme par une éclipse.

Illisibles ruines imaginaires

falaises labyrinthes écritures muettes :

coupures d'un couteau de cristal

dans la rage de la pierre

et dans l'écorce de l'arbre.

Et voici l'ordure accumulée rouillée

entre la ferraille et le sang.

Et voici nos paroles enchaînées au ciel

comme bateaux fantômes.

 

 

 

Luis Mizón

Poème du Sud

Traduit de l'espagnol par Roger Caillois

et Claude Couffon

Gallimard, 1982

 

 

 

                   

 

 

He aquí el gran árbol de niebla verde

rodeado de andamios abandonados

bajo el pentagrama de la estrella

donde se pierden los caballos salvajes

y se pierden las migraciones de pájaros y mariposas.

Y aquí está la ciudad enterrada en luz

como por un eclipse.

Ilegibles ruinas imaginarias

acantatilados, laberintos, escrituras mudas :

incisiones del cuchillo de cristal

en la ira de la piedra

y en la corteza del árbol.

Y aquí está la basura acumulada oxidándose

entre los hierros y la sangre.

Y aquí están nuestras palabras

encadenadas al cielo

como barcos fantasmas.

SG