30 avril 2017 7 30 /04 /avril /2017 07:51

 

À mes lèvres je porte ces verdures, 
Ce gluant jugement de feuilles,  
Cette terre parjure, mère 
Des perce-neige, des érables, des chênes. 
 
Vois comme je deviens aveugle et fort 
De me soumettre aux modestes racines,  
Et n'est-ce pas trop de splendeur 
Aux yeux que ce parc fulminant ? 
 
Les crapauds, telles des billes de mercure, 
Forment un globe de leurs voix nouées, 
Les rameaux se changent en branches  
Et la buée en chimère de lait. 
 
30 avril 1937

 

 

 

 

Ossip Mandelstam                                                                                      О́сип Эми́льевич Мандельшта́м

Les Cahiers de Voronej

(1935-1937)

Traduit du russe par Philippe Jaccotet

Circé, 1999

SG