6 décembre 2015 7 06 /12 /décembre /2015 17:23

 

    En soi seul ce sont feuilles et racines,

   Que ces parfums sensibles à l'homme et à la femme dans les sous-bois sauvages, sur le bord des étangs,

   Que les œillets d'amour, que les surelles des seins, que les doigts se liant plus enlacés que vignes,

   Que la pluie musicale du gosier de l'oiseau caché dans le feuillage au lever du soleil,

   Que les alizés de la terre et de l'amour soufflant des rives de la vie vers la mer vive où vous êtes, ô marins !

   Que les baies attendries par le gel, que les ramilles du troisième Mois tendues à neuf aux jeunes que le dégel invite aux champs,

   Que les bourgeons d'amour en vous ou devant vous, qui que vous soyez,

   Bourgeons qui vont éclore selon les vieux usages,

   Et qui s'ouvrant sous votre chaude caresse de soleil vous donneront forme, couleur, parfum,

   Se feront fleurs et fruits, branches et arbres, sous l'aliment de vos pluies.

 

 

 

 

Walt Whitman

Feuilles d'herbe

Traduction de Jacques Darras

Gallimard, 2002

SG