8 juin 2015 1 08 /06 /juin /2015 17:47

 

Mais je voudrais être horizontale.

Je ne suis pas un arbre dont les racines en terre

Absorbent les minéraux et l’amour maternel

Pour qu’à chaque mois de mars je brille de toutes mes feuilles,

Je ne suis pas non plus la beauté d’un massif

Suscitant des Oh et des Ah et grimée de couleurs vives,

Ignorant que bientôt je perdrai mes pétales.

Comparés à moi, un arbre est immortel

Et une fleur assez petite, mais plus saisissante,

Et il me manque la longévité de l’un, l’audace de l’autre.

 

Ce soir, dans la lumière infinitésimale des étoiles,

Les arbres et les fleurs ont répandu leur fraîche odeur.

Je marche parmi eux, mais aucun d’eux n’y prête attention.

Parfois, je pense que lorsque je suis endormie

Je dois leur ressembler à la perfection  ̶

Pensées devenues vagues.

Ce sera plus naturel pour moi, de reposer.

 

Alors le ciel et moi converserons à cœur ouvert,

Et je serai utile quand je reposerai définitivement :

Alors peut-être les arbres pourront-ils me toucher, et les fleurs

     m’accorder du temps.

 

 

 

Sylvia Plath

Quelqu'un plus tard se souviendra de nous

Anthologie

Traduction de Valérie Rouzeau

Gallimard, 2010

SG