2 juin 2015 2 02 /06 /juin /2015 19:18

 

L'oiseau de mai me lance un cri bref, aussi pur

que l'herbe des poulains au bord des eaux naïves.

Car l'âme habite au paysage de l'enfance

et ne peut le quitter sans vieillir. Qu'ai-je fait ?

Où est ma paix ? Où sont les matins d'excellence,

l'enfant pieux portant son Dieu dans la gaieté

comme une odeur de foin, la cerise à l'oreille ?

 

La saison bouge et je fais l'arbre, je m'étire

au creux du sol et dans le ciel. Éros est là

dans la racine aveugle où je buvais sans voir

l'amour exquis du temps que la mort ensauvage.

Amour et mort noués dans le même arbre, fait

immortel par le gland, le beau planteur qui plante

la force vive au sein de la force réelle.

Moi qui sonde la sève sous bois, je demeure

l'écolier du roncier rouge de nouveaux sens,

l'ouvrier du langage et l'émondeur qui taille

dans l'épaisseur des mots la jeunesse du verbe.

 

 

 

Henry Bauchau

Géologie

Gallimard, 1958

SG