22 janvier 2017 7 22 /01 /janvier /2017 17:38

 

Mais il y a tant à faire et déjà le voisin

scie la forêt par cœur. Au pré les vaches boivent

le lait du ciel et les moineaux soignent le vent.

 

Il y a tant à faire et tout va se défait.

Le fil bleu de ta vie, dans quelle cuisine d'ombres

l'as-tu laissé se perdre, lui qui te menait doux

 

comme ces mots sans voix à l'envers des poèmes ;

ou si c'est une femme là-bas derrière la mer

qui le porte à son doigt, et chacun de ses gestes

 

— elle pose le café sur la table deux tasses

puis s'arrête, car elle est seule aussi — et chacun

de ses gestes rejoint ton front contre la vitre

 

qui regarde la mer monter à l'horizon

où il n'y a rien d'autre qu'un vieux noyer d'hiver

et qui étreint du bleu, et qui étreint du bleu.

 

 

 

 

Guy Goffette

Le pêcheur d'eau

Gallimard, 1994

SG