3 décembre 2015 4 03 /12 /décembre /2015 17:38

 

   Les bois en hiver sont de légers voiles qui laissent filtrer la clarté des nuits : l’ocellement noir des boules de gui seul y interrompt la vue des étoiles.

 

   Je le savais bien ; pourtant me voici ce soir d’hiver à l’orée blanche de neige et, sur ce tertre assis, je vois nos arbres et j’ai le cœur serré.

 

   Celui-là tout proche, en avant et seul, ouvre dans la nuit des branches si fines que la voie lactée y tremble argentine, sauf que le gui noir y pose son deuil.

 

   Ma vie est un arbre ainsi constellé, laissant toujours voir le ciel à travers l’entrelacement des heures légères — sauf aux noirs jours de peine qui l’ont trop désolé !

 

 

 

 

Paul Fort

Les Nocturnes

Vers et prose : recueil trimestriel de littérature

F. Bernouard Éditeur, 1913 - 1

SG