8 novembre 2015 7 08 /11 /novembre /2015 16:20

 

Jamais une pomme, dans aucun automne,

Sentant que la mesure est au point d'être comble

Et trouvant les couleurs qu'il faut pour employer

Ce trop d'afflux qui lui ferait

Quitter ce lieu de l'air où le soleil

La retrouvait et lui parlait de leur histoire,

 

Jamais une pomme, dans aucun automne

 ̶  Il y eut des matins plus larges que les lacs,

Des midis si tendus que le ciel s'éloignait

Et des après-midi furent des noces qui duraient

Comme un regard qui va

Trouver l'autre regard qui l'attendait aussi,

Puisque tout est promis,

 

Jamais une pomme, dans aucun automne,

Voyant de près le ciel où quand le soir s'annonce

 

Elle peut lire les aveux pareils au sien

Et se sourire alors de la journée vécue,

Tout près du ciel où c'est bien vrai

Qu'il est parlé d'autres tendresses qui viendront,

 

Jamais une pomme, dans aucun automne

 ̶  Et il y eut les causeries du soir avec le vent

Et la fin des fruits quand le soleil

Est désireux de revenir et se dépêche.

Et il y eut, tant et tant de soirs,

Le dernier attouchement peut-être du soleil,

 

Jamais une pomme, dans aucun automne,

Autant que moi n'a su ce que c'est que la joie,

Quand toute la puissance,

Qui fait les jours du monde avec les fleurs ouvertes,

Les mers à recueillir, les cieux à caresser,

Les yeux à regarder,

 

Toute la puissance, tu me l'as donnée,

Tu sais comment.

 

 

 

 

Guillevic

Terre à bonheur

Seghers, 1985

 

SG