9 avril 2016 6 09 /04 /avril /2016 07:59

 

Seuls les arbres pour moi sont sacrés

 

ils demeurent à leur place idéale

ils m'invitent — « deviens comme nous

ne voyage plus dans des actes

accueille les vents, accueille les saisons

laisse la vie savoir »

 

seuls les arbres pour moi sont sacrés

 

signes d'oracles

nids d'esprits

donateurs d'ombre

ils racontent l'histoire entière

en mille mots, un frémissement

 

seuls les arbres pour moi sont sacrés

 

on y tailla les bois de la Croix

mais ils n'ont pas la moindre idée

de la gloire, du sacrifice

ils demeurent

ils font signe

sans le savoir triomphants ils attendent

où sagement subissent le martyre de la tempête

 

seuls les arbres pour moi sont sacrés

 

tout-puissants

mais sans le montrer

chaque fois qu'on les abat Dieu est déchiré

chaque fois qu'ils tombent

la nature s'interroge « comment se fait-il

que s'écroule un Titan

est-ce la fin du monde ? »

 

seuls les arbres pour moi sont sacrés

 

comme celui que je voyais dans mon enfance

de ma fenêtre

qui ne donnait jamais de feuilles

debout en face, dans les décombres,

comme s'il attendait quelque chose

et moi je priais pour que les dieux le prennent en pitié,

jusqu'à ce matin-là où je l'ai vu,

lui le sec, le stérile

tout entier fait d'argent

avec posées sur lui en guise de feuillage

un fourmillement d'étoiles

et je me suis dit

« le monde, quand même »

 

seuls les arbres pour moi sont sacrés

 

et les oiseaux

 

                                                Juin 1999

 

 

 

Stratis Pascàlis

Poèmes d'un autre

Traduit du grec par Michel Volkovitch

Publie.net, 2003

 

SG