26 mai 2016 4 26 /05 /mai /2016 19:18

 

Tout enguirlandé de chèvrefeuille surodorant,

D'amer lierre garrotté,

Tapissé de fougères malsaines,

Déformé de maints chancres et cicatrices fermées,

      capitonné de mousse profonde.

Pavoisé de tous les côtés de gui païen.

Et tout noir des nids de cet oiseau rauque

Qui parle et ne comprend pas son propre langage,

Se dresse, et se dressait de même il y a mille ans

Un arbre solitaire.

Le tonnerre a fait ce qu'il a pu parmi ses branches,

Laissant la maîtresse cime intacte :

Mais en son cœur toujours prêt

À jeter de nouvelles pousses reverdissantes, à mesure

Que les surgeons pourrissants à ses pieds meurent et

       lui laissent de l'air.

Est toute antiquité et nulle décrépitude.

Riche, bien que rejeté des porcs de la forêt,

Son fruit cache sous l'âpre brou pour ceux qui le

      savent ouvrir

La saveur au secours du cœur de tout mets et de

      rajeunissants élixirs,

Avec le condiment amer et sûr,

Et la douce économie des douceurs,

Et des odeurs qui nous remettent en l’esprit

Les aîtres de l’enfance et un jour différent.

Auprès de cet arbre,

Ne louant et ne blâmant aucun dieu, sans aucun souhait,

Est accroupie sur elle-même, à la Tartare, la Civilisation

      de ce temps

Et elle mange son chien crevé dans un plat d’or. (1)

 

 

                                                    (1901-1911)

 

(1) Image biblique  

 

 

 

 

Coventry Patmore

Traduit par Paul Claudel

Œuvre poétique

Bibliothèque de la Pléiade

Gallimard, 1967

 

 

 

 

 

 

Arbor vitae

 

 

With honeysuckle, over-sweet, festoon’d;
With bitter ivy bound;
Terraced with funguses unsound;
Deform’d with many a boss
And closed scar, o’ercushion’d deep with moss;
Bunch’d all about with pagan mistletoe;
And thick with nests of the hoarse bird
That talks, but understands not his own word;
Stands, and so stood a thousand years ago,
A single tree. 
Thunder has done its worst among its twigs,
Where the great crest yet blackens, never pruned,
But in its heart, alway
Ready to push new verdurous boughs, whene’er
The rotting saplings near it fall and leave it air,
Is all antiquity and no decay. 
Rich, though rejected by the forest-pigs,
Its fruit, beneath whose rough, concealing rind
They that will break it find
Heart-succouring savour of each several meat,
And kernell’d drink of brain-renewing power,
With bitter condiment and sour,
And sweet economy of sweet,
And odours that remind
Of haunts of childhood and a different day. 
Beside this tree,
Praising no Gods nor blaming, sans a wish,
Sits, Tartar-like, the Time’s civility,
And eats its dead-dog off a golden dish.

 

 

 

Conventry Patmore

1877

 

 

SG