14 mai 2017 7 14 /05 /mai /2017 11:37

 

Comme il est maintenant presque aveugle il sort peu

ses déplacements limités au minimum

— c’est ce qu’il te confiait naguère au téléphone —

ces derniers jours la lumière est plus douce, il peut

revoir un peu le monde et la fin de l’automne

 

il dit je suis sorti j’ai retrouvé la forme

d’une maison d’un arbre et c’était merveilleux

toi tu t’efforces de distinguer hêtre et charme

et chaque soir jusqu’à ce que tes yeux se ferment

tu as d’à peu près tout des formes plein les yeux

 

tu vois tu aurais meilleur temps d’être lucide !

un jour ou l’autre il faudra remettre à ton tour

le vide c’est la forme et la forme le vide

la joie d’être ébloui par les formes, ce jour

peut-être demain, nul moins que toi n’en décide.

 

 

 

Bertrand Degott

Plus que les ronces

Jegun, l'Arrière-Pays, 2013

SG