15 septembre 2016 4 15 /09 /septembre /2016 09:10

 

Si tu me jettes des olives à la tête

une forêt naîtra sous mon crâne

afin qu'un jour tu t'y égares

comme une olive dans un dé à coudre

 

Dans la forêt il pleuvra des olives

qui connaissent le chemin de ma tête

ce chemin pavé de calcaires abattus

où la barbe d'un christ garde les ordures des passants

ce chemin que tu connais mieux que la flamme celui de la maison

mieux que le poisson celui de l'hameçon

mieux que le chien celui du chat

mieux que la chaleur celui du thermomètre

et mieux que le coureur celui du pavé

 

Mais tu es sourd et lâche comme une branche morte

et ta voix charrie des coquilles vides

Et les olives le savent bien

Elles montent elles glissent le long des hanches

elles recouvrent ta poitrine tes épaules ta tête

Que les olives t'étouffent

 

 

 

 

 

Benjamin Péret

Le grand jeu

Gallimard, 1969

SG