4 avril 2010 7 04 /04 /avril /2010 15:24

   

   J'ai été, je serai, je suis certains arbres qui sont toujours plus vieux que mon âge.

   Moi dedans et moi dehors, je les vois s'embellir pour compenser mon déclin.

   Ils me rachètent jour après jour.

   Ce que je perds se retrouve en eux, ce que je gagne aussi.

   Sur eux mes peines en forme de fleurs, mes joies en nœuds et en lichens, sur eux le bilan de ma traversée.

 

 

   Il y a des parents qui plantent un arbre le jour de la naissance d'un enfant.

   C'est vouloir appauvrir le mignon d'avance, l'emprisonner pour soi dans un seul tronc qui ne voudra peut-être pas le prendre en charge, dans lequel il refusera de se reconnaître et qui assumera le premier étranger capable de se foudroyer en lui.

   Car un arbre choisit son être humain, je le crois, ne le choisit pas pour la durée d'une existence, mais pour l'instant d'un regard.

   Et puis, si l'arbre vient à mourir ?

 

 

   J'ai autant d'arbres dans ma vie que j'en ai rencontrés dans les moments où je faisais plus que vivre.

   Je les retrouve parfois devant mes yeux, ce n'est pas très souvent, loin de l'endroit où ils paraissent enracinés la première fois, mais me restituant le fidèle portrait du moment qui les fit s'évader pour moi de leur condition végétale, qui les fit me recevoir de même coup.

   Et nous voilà réunis pour un éclair, confondus, moi-arbre-moi, dévorant un pain d'années qui me pèse dans tout le corps quand je m'en vais plus loin, l'arbre étranger déjà et pour jamais. C'est un autre qui m'attend pour mes chemins de hasard. Qui m'attend demain, qui m'attend tout à l'heure... Le voilà !

   Je n'aime pas planter des arbres.

 

 

 

L'oeuvre poétique complète

de Pierre Jakez Hélias

D'un autre Monde

Ed. Ouest-France 

 

SG