12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 07:27

  

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Heureux les mots qui ne pourrissent pas,

mes vieilles sont en noir dans la terre

leur parole est dans l’arbre et dans l’étoile

avec le feu de leurs paupières.

 

Leur regard bleu  moins océan que ciel

nomme les choses d’ici-bas

disant l’immatérielle

muette beauté du pas :

 

Non pas la marche mais l’absence

le terrible creux de mort,

le silence

des bouches tendues vers le dehors

 

Criant avec l’ageasse

pour recréer le monde

à leur image et ressemblance

comme à la vie est pareille l’amande.

 

Ô cri dans le noyau sans écorce

 disons nuit si la mort est obscure

leurs mots bien vivants s’efforcent

d’ouvrir mes blessures :

 

Langage qui saigne à la proue, rouge-gorge

épanoui sur le cœur du vent

j’entends parler dans le maïs et l’orge

mes très morts, mes très vivants.

 

 

 

 

Lionel-Édouard Martin

Avènement des ponts

Tarabuste, 2012

lionel-edouard-martin.net

 

SG