1 août 2010 7 01 /08 /août /2010 10:15

 

A la mémoire très sacrée du poète

Stephan Zeromski.

 

   

Où es-tu, arbre puissant et fier,

Ample en ramures, bruissant de feuilles,

Avec ton nœud de racines qui pousse dans la terre,

O toi, mon arbre, qui fera mon cercueil ?

 

Il me faut te connaître, palper ton corps rugueux,

T'appeler par les bois, te héler par les halliers :

Où-es tu, arbre secret, arbre cercueilleux ?

Ton compagnon de lit est venu te chercher.

 

Il rôde désorienté dans la forêt sombre,

Il ne peut y distinguer son arbre.

Fais-moi un bruit, un bruit léger pour notre éternité,

Avant que je me couche avec toi pour sommeiller.

 

Vrai, ne devons-nous pas nous entendre à l'avance

Pour ces travaux de la mort, si difficiles,

Nous qu'en dehors du temps doit occuper la tâche

De nous changer en cendre, en mottes stériles ?

 

Peut-être parmi les troncs flottant sur l'eau bleu-ciel

Me viens-tu, dur vogueur, d'une distance immense,

Et nous aurons bien honte, mon voisin éternel,

De n'avoir pas avant la mort fait connaissance.

 

Et peut-être pousses-tu juste devant ma porte,

Tous les jours salué et nul jour reconnu,

Et quelque main peut-être a taillé dans ton écorce

Des lettres de tendresse, un cœur connu.

 

Longuement, cœur à cœur, je bruirais avec toi,

Je t'ébranlerais d'un vers, je t'émouvrais par une complainte,

Pour que tu m'écartes cette terre noirâtre

Et que de nouveau tu fleurisses, étonnement des tombes,

 

Pour que tu me greffes sur toi d'une façon quelconque

Et qu'avec une force inconnue tu me tires de la glaise.

Peut-être un de mes nerfs saura s'unir avec la tige

Et nous nous arbrerons d'un seul jet sur la tombe.

 

Peut-être par un immense soupir de la glèbe

La Terre verte nous portera bien haut,

La Terre, la Terre unique, la Terre du berceau,

Blessée en plein cœur par cette tombe.

 

 

 

Juljan Tuwim

Traduction d'Armand Robin

Ecrits oubliés II

Editions Ubacs

SG