14 novembre 2010 7 14 /11 /novembre /2010 14:25

 

                                I

 

L'enfant semblait errer au sommet de l'arbre,

On ne comprenait pas son corps, enveloppé

D'un feu, d'une fumée, que la lumière

Trouait d'un coup, parfois, comme une rame.

 

Il montait, descendait un peu, il s'arrêtait,

Il s'éloignait entre les pyramides

Du pays du sommet des arbres, qui sont rouges

Par leur flanc qui retient le soleil encore.

 

L'enfant allait chantant, rêvant sa vie.

Etait-il seul en son jardin de palmes ?

On dit que le soleil s'attarde parfois

Pour une nuit, au port d'un rêve simple.

 

On dit que le soleil est une barque

Qui passe chaque soir la cime du ciel.

Les morts sont à l'avant, qui voient le monde

Se redoubler sans fin d'autres étoiles.

 

 

                                 II

 

L'enfant redescendit plus tard, de branche en branche

Dans ce qui nous parut un ciel étoilé.

Rien ne distinguait plus dans ce silence

La cime bleue des arbres et des mondes.

 

Il chantait, il riait, il était nu,

Son corps était d'avant que l'homme, la femme

Ne se fassent distincts pour retrouver

Criant, dans une joie, une espérance.

 

Il était le chant même. Qui s'interrompt

Parfois, le pied cherchant l'appui qui manque,

Puis qui reprend et, dirait-t-on, se parle, telles deux voix

A l'avant d'une barque qui s'éloigne.

 

On dit que la lumière est un enfant

Qui joue, qui ne veut rien, qui rêve ou chante.

Si elle vient à nous c'est par jeu encore,

Touchant le sol d'un pied distrait, qui serait l'aube.

 

 

 

 

Yves Bonnefoy

Ce qui fut sans lumière

suivi de Début et fin de la neige

Gallimard