1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 08:15

 

A Robert Prade

 

  L'arbre était un filtre à nuages. Crêpu, il se détachait sur les toits bleus qu'aplatissait le poids du soir. Il y avait aussi un oiseau. Je le savais mais ne l'entendais pas. Comme moi, sans doute, se taisait-il, persuadé que formuler son espoir n'est qu'une façon de vieillir. Pourtant, nous pensions tous deux au printemps, à ce printemps - passé ou futur - dont le parfum nous parvenait malgré l'hiver, malgré la laideur de ce dimanche dont les promeneurs trop bien habillés semblaient déjà fatigués d'une nouvelle semaine. Je les suivais des yeux : chacun ne parlait qu'à lui ne voyait que lui, en dépit des paroles et des regards qu'il adressait aux autres.

 

   L'arbre filtrait les nuages. Et la nuit descendait lentement, noyait le monde, et bientôt je ne distinguai même plus le réseau brun des branches qu'elle avait submergé d'un manteau de rayons et de rumeurs. Des lampes et des étoiles, baies lumineuses, se tenaient en suspens à la place des linéaments noirs. Tout était épuré, lavé. L'espoir, de nouveau, ceinturait la terre. De nouveau, je souriais aux hommes invisibles dont je devinais la présence à des milliers de lieues... tout contre moi. La forêt, la mer, l'enfance, la clarté venaient au-devant de mon ombre par les venelles obscures qui composaient la ville. Ou plutôt, c'était moi qui m'étais évadé et qui battait des ailes, les yeux fermés, immobile, plus haut que les toits, les arbres, les nuages.

   

 

 

Louis Guillaume

La nuit parle

Subervie