13 février 2011 7 13 /02 /février /2011 08:28

 

Pour être digne de son arbre, le poète

doit affirmer qu'il est à la fois son écorce

et sa racine. Il faut en échange que l'arbre

s'identifie par un effort de chaque feuille

 

à son poète. Ainsi, exaltés l'un par l'autre,

ils font face à ce monde où tout est hostile :

les hommes qu'aussitôt le poète incommode,

et les arbres que l'arbre a l'air de déserter

 

au premier mot qui apparaît sur ses bourgeons.

Pourtant le couple a belle allure : un homme vert

avec ses fruits tendus jusqu'au cœur des étoiles,

 

et le platane - à moins que ce ne soit un orme -

qui récite à haute voix un poème bizarre

en trottant dans la ville, heureux de son destin.

 

 

   

Alain Bosquet

Notes pour un pluriel

Gallimard