28 février 2011 1 28 /02 /février /2011 08:18

 

Et le mot "arbre" vint à moi

au cœur du nid des rêveries

sèves vibrantes arrachées

aux sources vives de la terre.

Et l'arbre vint en son printemps

les bras tendus vers la lumière,

si plein de chants

si plein de feuilles

là où les nids veulent cacher

amours et luttes familières.

 

Arbre planté en son été,

grand chêne roi de la forêt,

arbre de vie

dans la clarté,

auréolé de force nue.

Si plein de vie

que j'ai senti

son eau profonde, son eau subtile,

monter des sources primordiales

vers les lumières essentielles.

 

Arbre-vie, arbre-monde,

toi qui portes le ciel,

aux replis de ta peau

s'est incrusté le temps.

 

Le glissement des souffles

arrache feuille à feuille

lorsque vente l'automne

chaque goutte du temps.

 

Mais le mot "bûcheron"

un jour s'est avancé,

les bras chargés de scies

les bras chargés de haches

et le grand arbre a su

qu'il lui faudrait finir

sa vie de chêne libre, 

sa vie de roi d'ici.

 

L'arbre-vieux a senti

les couleurs douloureuses

des câbles constricteurs,

l'infernale chanson

des scies et tronçonneuses.

Écorché, mutilé,

il a versé sans bruit

les larmes de l'aubier.

Il connut le voyage

et il connut le feu

des forces ténébreuses.

 

Même en perdant son ombre,

l'arbre-sage savait

que toute mort apporte

les souffrances-passages,

avant que de s'unir

aux rêves éternels.

 

Et puis le mot "buffet"

lentement s'est dressé

aux mains du menuisier,

et l'abeille apporta

le soleil de la cire,

et l'on vit quelque main,

amoureuse du bois,

nourrir le meuble avide

au plus profond des fibres

et caresser les flancs

du chêne devenu

le somptueux gardien

du sel, du pain et du vin.

 

 

Alors réapparut,

- j'en suis sûre,

je l'ai vue -

chaude et discrète,

l'auréole de l'arbre

qui ne saurait mourir.

 

 

C'est le buffet qui a craqué...

De sa forêt a-t-il regret ?

Et le mot "arbre" vint à moi...

 

 

 

France Pacy

Volutes

Cahier du Cercle Angevin de Poésie, n°46

Éditions Émergences