26 mai 2011 4 26 /05 /mai /2011 17:14

 

 

Arbre couleur d'oiseau, je n'ai plus peur des plaines

Je pourrai m'envoler par-delà le ciel noir

Mon printemps, ton printemps dansent à perdre haleine

L'enfant, le liseron grimperont jusqu'au soir

Grimperont jusqu'à Dieu plus haut que la montagne

Arbre couleur d'oiseau je resterai quand même

Porteur de chevelure, arbre parmi les arbres.

 

Arbre couleur de l'eau, je coule d'un poème

Dans tous les corps d'ici, dans les cœurs et les ailes.

Hommes, je vous habite un instant, puis je pars

Je reviens à mon cri. La fleur souffle une abeille

Pour lui donner le vol, le vrai suc du voyage

Mes chants et mes parfums jaillissent de mes branches

Et pour toucher le ciel, j'agite mon feuillage

Comme un grand pavillon habité de mésanges.

 

Plus vif au jour, plus pur qu'une source dans l'île

Ce peu de chair est là pour me garder du ciel

Autour de moi, la mer ; une aube en ma poitrine

Mon corps est la couronne étrange du soleil

Je cerne une douceur, un grand lac s'émerveille

D'éveiller tant de brume et de nimber mes cimes

Je demeure un atoll en ce monde immobile.

 

Arbre couleur d'oiseau, de cet oiseau qui brûle

Et renaît chaque fois que le grand feu s'éteint

Arbre, j'attends que vibre aussi la libellule

Je n'ai que mille bras pour serrer mes essaims

Et leurs grappes sont là pour me donner la vie

Pour me nourrir aussi d'un nouveau cœur vivant

Je ne puis les serrer que si tout le ciel prie

Je ne puis les vêtir, mon corps se dénudant.

 

Arbre couleur d'oiseau, j'ai des jambes sous terre

Je rampe vers l'enfer et vole au paradis

Au milieu de mon corps l'horizon se soulève

Les astres tournoyants sombrent quand je le dis

Arbre couleur d'oiseau, pourtant, j'attends des larmes

Quand le printemps s'achève, avec des gestes graves

Tourné vers le soleil, je pleure comme un fruit.

 

 

 

 

Robert Sabatier

Les fêtes solaires

Albin Michel, 1955