27 avril 2011 3 27 /04 /avril /2011 07:01

 

Immobiles, debout, les pins contre le ciel

Où prélude le soir, alourdi de nuages.

Ils sont tous alignés, sentinelles muettes ;

Leurs rameaux les plus bas vous éraflent la terre

Là où leurs racines plongent profondément,

Leurs cimes d'un élan dressées vers les nuages.

Que leur tronc est énorme, énormes leurs racines !

Mais le haut s'amincit : on dirait un estoc

Qui voudrait transpercer de part en part l'espace.

Oh, dans le crépuscule, immobiles et beaux,

Ils voudraient s'évader, ces pins, mais ne le peuvent

S'évader et partir vers la grève et la mer,

Devenir des radeaux, flotter et naviguer

Sur la houle des mers  et sur leurs bleuités !

Ou, métamorphosés en hélice et en aile,

Monter, toujours monter et par-delà le ciel

Traverser d'autres cieux, découvrir des étoiles.

Les pins souffrent, rivés à ce sol nourricier

Qui fait d'eux néanmoins des captifs éternels.

Ils souffrent sans avoir ni la voix ni le cri

Ni les pleurs pour clamer leurs souffrances muettes.

Moi aussi, je connais un homme entre les hommes

Qui se tait mêmement, mais ne pourra jamais

Arracher sa racine : en vain il se tourmente.

 

 

 

Ada Negri

Poètes d'Italie

Anthologie de Sicca Vernier

La Table Ronde

SG