7 septembre 2017 4 07 /09 /septembre /2017 17:27

 

Toute l'après-midi mes frères et moi avons travaillé dans le verger,
Creusant ce trou, te disposant dedans, le rebouchant avec précaution.
La pluie obscurcit l'horizon, mais les vents froids la retinrent sur le Pacifique,
Et le ciel au-dessus de nous resta du même gris terne
Qu'une année qui touche à sa fin.

 

En Sicile, un père plante un arbre pour célébrer la naissance du premier fils —
Un olivier ou un figuier  — signe que la terre a une vie de plus à porter.
J'aurais voulu faire la même chose, renflouer fièrement le verger de mon père
D'une verte pousse, s'élevant au milieu des branches tordues des pommiers,
La promesse d'un fruit nouveau pour d'autres automnes.

 

Mais aujourd'hui, à genoux dans le froid pour te planter, toi, indigène et géant,
Nous défions les coutumes de nos pères,
En enveloppant dans tes racines une mèche de cheveux, un cordon ombilical,
Tout ce qui sur la terre reste de la naissance d'un premier fils,
Quelques atomes égarés, renvoyés aux éléments.

 

Nous te donnerons ce que nous pourrons — notre travail et notre sol,
Une eau tirée de la terre lorsque les cieux feront défaut,
Des nuits parfumées par le brouillard de l'océan, des jours adoucis par la tournée des abeilles.
Nous te plantons dans le coin du jardin baigné par la lumière venue de l'ouest,
Mince pousse dressée contre le coucher du soleil.

 

Et même lorsque notre famille aura disparu, que seront morts ses frères non-nés,
Éparpillés tous les neveux et nièces, que tombera en miettes la maison,
Que la beauté de sa mère ne sera plus que cendres au vent,
Je veux que tu te dresses au milieu des étrangers, tous pour toi jeunes et éphémères,
Et que silencieusement tu gardes le secret de ta naissance.

 

 

 

 

Dana Gioia

The Gods of Winter

Graywolf Press ,1991

Traduction par Pierre Vinclair

 

 

 

 

 

 

 

Planting a Sequoia

 

 

All afternoon my brothers and I have worked in the orchard,
Digging this hole, laying you into it, carefully packing the soil.
Rain blackened the horizon, but cold winds kept it over the Pacific,
And the sky above us stayed the dull grey
Of an old year coming to an end.

 

In Sicily a new father plants a tree to celebrate his first son’s birth—
An olive or a fig tree—a sign that the earth has one more life to bear.
I would have done the same, proudly laying new stock into my father’s orchard,
A green sapling rising among the twisted apple boughs,
A promise of new fruit in other autumns.

 

But today we kneel in the cold planting you, our native giant,
Defying the practical custom of our fathers,
Wrapping in your roots a lock of hair, a piece of an infant’s birth cord,
All that remains above earth of a first-born son,
A few stray atoms brought back to the elements.

 

We will give you what we can—our labor and our soil,
Water drawn from the earth when the skies fail,
Nights scented with the ocean fog, days softened by the circuit of bees.
We plant you in the corner of the grove, bathed in western light,
A slender shoot against the sunset.

 

And when our family is no more, all of his unborn brothers dead,
Every niece and nephew scatterred, the house torn down,
His mother’s beauty, ashes in the air,
I want you to stand among strangers, all young and ephemeral to you,
Silently keeping the secret of your birth.

 

 

Dana Gioia

SG