26 août 2011 5 26 /08 /août /2011 07:39
  

Pour Nédime, poète d'Istamboul

L'arbre dans l'eau est un cyprès d'argent

que l'on contemple la nuit tout son soûl

 

Les jeunes femmes au corps blanc luisant

sont des bouleaux tristes et nostalgiques

qu'aima Essenine de Riazan

 

Un peuplier frissonne en moi

Depuis que je suis en exil

j'écoute sans cesse sa voix

 

Toujours debout durant toute sa vie

Comme tout autre arbre le peuplier

Au long du temps semble être une vigie

 

Surveillant les routes comme un pylône

De l'Anatolie guettant les villages

Dans les jours d'été couleur d'ocre jaune

 

Il m'a surveillé moi aussi

Installé devant ma prison

Et criant au cœur de la nuit

 

Témoin des péchés, des souffrances

Témoin de tous nos jours perdus

Et témoin de notre espérance

 

Il fut le témoin de nos poux

Le témoin de notre labeur

Oh ! peuplier, sacré filou !

 

Louer les peupliers d'un sol fertile

Ou même les aimer tout simplement

Ô mon pays à quoi cela sert-il ?

 

Sur la terre noire j'étais ployé

Et j'essuyais la sueur à mon front

Je n'ai pu planter un seul peuplier.

 

 

 

                               Stockholm, 9 mai 1956.

 

 

 

Nazım Hikmet

Anthologie poétique

Traduction de Hasan Gureh

Temps Actuels, 1982

SG