28 août 2011 7 28 /08 /août /2011 06:42
  

Loin, dans les bois, j'ai coupé une branche noire,

assoiffé j'ai porté son murmure à mes lèvres :

était-ce donc la voix de la pluie qui pleurait,

une cloche brisée ou un cœur mis en pièces ?

 

Quelque chose qui de si loin m'est apparu,

enfoui dans sa douleur, recouvert par la terre,

ce sont cris assourdis par d'immenses automnes,

par la nuit entrouverte, humide des feuillages.

 

Alors, se réveillant du rêve végétal,

la branche du coudrier a chanté sous ma bouche

et son errante odeur grimpa dans mon esprit

 

comme si tout d'un coup me cherchaient les racines

abandonnées, la terre perdue, mon enfance,

et je restai, blessé du parfum vagabond.

 

 

 

 

Pablo Neruda

Les vers du Capitaine

suivi de La centaine d'amour

Traduit de l'espagnol par Claude Couffon,

Jean Marcenac et André Bonhomme

Gallimard, 1984

SG