27 août 2011 6 27 /08 /août /2011 06:52
  

                                 à Marcel Aymé et en sa compagnie

 

 

Une frange de bois s'écarquille

Pour que paraisse à genoux la fée

Lucidement pâle dans le fouillis

Des cheveux qui fouettent les buissons

 

Des colonnes bouillantes de feuillage

Frisent de leur fumée verte

L'éclaircie où boivent les cerfs

Habités de douceur impérieuse

 

La grâce des rameaux incline

Au-devant de son image, un voile

De miracle frais, d'ombre mousseuse,

Que les daims foulent d'un sabot cassant

 

La fée au visage de cantique.

Chaque branche étoile son torse

De parures aux arômes de chair

Et le frêle de son corps resplendit

 

Châtaignes craquantes de châteaux verts,

Vous abritez de vos piques le seuil

Du pays aimé par celle qui passe

Des feuilles au règne de leurs ombres

 

Le cerveau d'arbre en ses ramures

Aux raisons d'homme qu'il apprête,

S'en vient céder au vent l'esprit

Des sources, reflet des labyrinthes

 

Gravitent aux mains de la fée

Qui les frappe de son rire étincelant

Les fruits boulants, les fruits véreux

Tombés des soleils en sa course

 

Et la danseuse médullaire emporte

A la sève des fûts le vertige

Qu'en l'offertoire de ses guirlandes

Les parcs d'herbe fusent en pores béants

 

Les algues ne lèchent que son ombre

Poussée au plus noir des taillis

Où la victime expie le charme

Et se souvient d'avoir fui le jour

 

Une parole dite en sa compagnie

Avertit le peuple secret des fées

Qu'elle a quitté les arbres et se garde,

Régente à la folie, dévorée de fraîcheur

 

Que la nuit porte donc à la terre

Inclinant les forêts ensevelies

Son poids de feuilles et de racines

Au moment des noces, au retour du destin.

 

 

                                               Paris, juillet 1942.

 

 

 

Edmond Humeau

Les Poètes de l'école de Rochefort

Anthologie présentée par Jean Bouhier

Seghers, 1983

SG