29 octobre 2017 7 29 /10 /octobre /2017 16:07

 

 

— Votre but ?

      Fouiller. Fouailler. Forer. Forcer

 

 

  Votre plus fort désir ?

      Faire sève et rêve avec la terre

 

 

La terre, qu'est-elle pour vous ?

      Notre ciel fidèle et friable

 

 

  Que vous suggère le mot source ?

      Un démiurge qui murmure

 

 

  Et le mot temps ?

      La nuit qui rampe

 

 

À quoi aspirez-vous ?

      Approfondir nos limbes et délivrer L'Immense.

      Qu'elle soit poreuse ou dure, hostile ou accueillante,

      qu'elle soit étreinte ou éboulis, la terre est notre

      corps inexploré, notre royaume toujours inabouti.

 

 

— Rêvez-vous parfois d'en sortir ?

      En sortir est l'affaire de l'arbre, une affaire d'élan vers le ciel.

 

 

— Vous croyez donc au ciel ?

      Nous ne croyons qu'à l'arbre. À lui de croire au ciel.

      Notre vie est tout entière ici, dans le firmament souterrain.

 

 

— Et dans le firmament, y a-t-il place pour les anges ?

      Il y a les ailes à venir des anges encore emmaillotés,

      nous les nommons chrysalides de la nuit.

 

 

— Peut-on parler alors d'une théorie de l'obscur ?

      Ce sont là des mots que nous préférons éviter.

      Un seul d'entre eux répond pleinement à nos désirs,

      dit clairement mon aspiration, c'est le mot phréatique.

      Il est dans la compacité et l'opacité de nos limbes,

      le miracle liquide où s'étanchent nos soifs.

 

 

 

 

 

Jacques Lacarrière

À l'orée du pays fertile

Œuvres poétiques complètes

Seghers, 2012

SG