26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 09:00
  

La coupe sèche où je fagote

Craque au soleil comme un panier.

Craquent les glands de l'an dernier

Et les vieux ronciers en pelotes.

 

J'entasse chaudes et légères

Les reliques des grands sapins,

Et les précieux parchemins

Que les bouleaux abandonnèrent.

 

Craquent les branches évidées.

Je marche délicatement

Sur les fragiles ossements

D'un passé de haute-volée.

 

Comme la mort est familière

Et comme elle est bonne à toucher

Sur l'humus à peine ébauché

Qu'agriffe déjà la bruyère.

 

Que je vous aime esquilles grises,

Fruits d'écailles, rameaux sans poids,

Bruit subtil des charbons de bois

Qui roulent sous la moindre brise !

 

Dites, lorsque m'auront ravie

Les fardiers de l'éternité,

Qui donc aimera fagoter

Sur l'emplacement de ma vie ?

 

 

 

 

Lucienne Desnoues

Les Racines

Raisons d'être, 1952

SG