22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 06:01

 

Forêt silencieuse, aimable solitude,

Que j'aime à parcourir votre ombrage ignoré !

Dans vos sombres détours, en rêvant égaré,

J'éprouve un sentiment libre d'inquiétude !

Prestige de mon cœur ! je crois voir s'exhaler

Des arbres, des gazons, une douce tristesse :

Cette onde que j'entends murmure avec mollesse,

Et dans le fond des bois semble encor m'appeler.

Oh ! que ne puis-je, heureux, passer ma vie entière

Ici, loin des humains ! — Au bruit de ces ruisseaux,

Sur un tapis de fleurs, sur l'herbe printanière,

Qu'ignoré je sommeille à l'ombre des ormeaux !

Tout parle, tout me plaît sous ces voûtes tranquilles

Ces genêts, ornements d'un sauvage réduit,

Ce chèvrefeuille atteint d'un vent léger qui fuit,

Balancent tour à tour leurs guirlandes mobiles.

Forêts, dans vos abris gardez mes vœux offerts !

A quel amant jamais serez-vous aussi chères ?

D'autres vous rediront des amours étrangères ;

Moi, de vos charmes seuls j'entretiens vos déserts.

 

 

 

 

Chateaubriand

Atala, René, Les Aventures du dernier Abencérage

Lefèvre et Ladvocat, 1830