6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 06:02

 

 

          À Jacques Ancet

 

To a green thought in a green shade

Andrew Marvell

 

 

 

L'épaisseur de la forêt

son obscur éclat vert,

la voix qui appelle mais où,

le bord, la limite

où commencent les sentiers

qui à leur tour s'entrecroisent

et s'annulent dans la clairière subite, espace

soudain d'un dieu

ici manifesté,

quel dieu ?,

nous pourrions y faire notre demeure

dans cette clarté,

au moins jusqu'au temps des pluies

pour reconnaître encore notre chemin

dans l'herbe foulée, mais pour quoi, jamais

nous ne pourrions revenir, car, dans la forêt,

infinis les sentiers se croisent,

la forêt m'appelle toujours

et la nature mère me réduit,

m'absorbe en elle, me restitue au néant.

 

 

 

 

José Ángel Valente

Fragments d'un livre futur

Traduction de Jacques Ancet

José Corti, 2002

 

 

 

 

                                   

 

 

 

El bosque

 

 

 

           À Jacques Ancet

 

To a green thought in a green shade

Andrew Marvell

 

 

 

EL espesor del bosque,

su verde luz oscura,

la voz que llama adónde,

el borde, el límite

donde comienzan los senderos

que a su vez se entrecruzan

y se anulan hasta el súbito claro, repentino

lugar de un dios

que aquí se manifiesta

¿cuál dios?,

podríamos hacer en él nuestra morada,

en esta claridad,

al menos hasta el tiempo de las lluvias

para identificar aún nuestro camino

en la hierba pisada, para qué, jamás

podríamos volver, pues los senderos

se cruzan infinitos en el bosque,

me llama el bosque todavía

y la naturaleza madre me reduce,

me asume en sí, me devuelve a la nada.

 

 

 

José Ángel Valente