12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 07:18

 

Que te murmure le sang dans les oreilles et aux tempes

quand c'est aux environs de février que dans le bois

encore desséché court le bruit

d'une vie qui recommence et, obscure,

gémit dans les animaux sans sommeil, s'agite

dans la mer et, par-delà la mer, dans des pays

riches et étranges où dans son cercueil de verre le fakir

s'éveille juste à temps au milieu des vipères ?

 

Dans les mois qui se succèdent, dans le printemps revêche,

un vent obscur appelle au travail

Par la nuit pluvieuse les graines

et les racines exténuées et les souches. C'est le temps

qui, souffle dans les cendres, ravive

les étincelles endormies, tire le sang

des anciennes blessures. Tout autour

les arbres familiers s'habillent de fleurs étranges.

 

Je revois mes femmes, ceux qui me furent chers,

entre l'un et l'autre temps, le vent, l'ennui.

 

 

 

Mario Luzi

Prémices du désert

Traduit de l'italien par Antoine Fongaro et Jean-Yves Masson

La Différence, 1994

 

 

 

 

                             

 

 

 

Gemma

 

 

Che ti mormora il sangue negli orecchi e alle tempie

quando è là di febbraio che nel bosco

ancora rinsecchito corre voce

d’una vita che ricomincia e oscura

geme negli animali insonni, s’agita

nel mare e oltre il mare nei paesi

ricchi e strani ove a tempo il fachiro

nella bara di vetro tra vipere si sveglia ?

 

Nei mesi alterni, nella primavera scontrosa

un vento cupo chiama alla fatica

per la notte piovigginosa i semi

e le radici esauste e le ceppaie. È il tempo

che soffia nelle ceneri, ravviva

le faville sopite, dalle antiche

ferite spiccia sangue. Tutt’intorno

gli alberi consueti mettono fiori strani.

 

Rivedo le mie donne, i miei cari,

tra l’uno e l’altro il tempo, il vento, l’uggia.

SG