20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 06:18

 

Arbres des champs, arbres de la savane et des déserts

Qui procurèrent à la tige frêle sous le soleil aveuglant

L’ombre de vos bras épais,

Vous tamisiez l’ardeur brute des rayons qui pénétrèrent

Avec douceur la sève vive du germe nourrissant.

 

Arbre des champs, karité de la savane

Qui offrit à la tourterelle un juchoir pour son nid,

Sous ton nombril repose la marmite

Qui abrita la silhouette de la tige frêle.

Recharge-toi de feuilles inviolables

Pour cacher sous ton ombre doucereuse

Le dernier hymen de la terre en pleur.

 

À tes racines violées du soleil brutal

J’offre l’ultième goutte de mon corps

Pour que réverbère ton feuillage

Par un nouveau matin d’horizon noir-cumulus.

 

Dans un ciel paré d’arc-en-ciel,

La nuée bâtira alors un horizon robuste

Et un chapeau de mousse

Gonflé de brises ininterrompues

Pour la terre ressuscitée.

 

Arbres des champs, arbres de la savane

À vos corps délabrés et étranglés

J’offre mon souffle dernier

Pour que se renforcent vos voix inaudibles

Et deviennent plus tranchantes que le murmure du tonnerre.

Vous briserez alors le manteau d’acier ardent

Et ouvrirez les écluses du firmament.

 

Le ciel embrassera tendrement la terre

Et enduira ses lèvres de sa salive

Au goût d’un dolo mûri longuement

Sous l’ardeur d’un feu vespéral.

L’enclume reprendra place

Près du fourneau ardent.

 

Le coq chantera le réveil

La rivière et le colibri

Entonneront sous les flancs des collines

L’hymne à la tige frêle

Ressurgi de la terre

Tissé

Du souffle

Indissoluble

De nos

Aïeux.

 

 

 

Honorat Badiel

Murmures d'un œil solitaire, Livre 1

L'Harmattan, 1993