26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 06:07

 

Tu ne me remarques pas

Je marche en toi comme un sentier dans la forêt,

je songe à la lueur de tes rives rocheuses,

l'union absolue de l'ombre et de la lumière.

 

Dans les sources des marécages aux couleurs de rouille

tu parles sans ambage de tes entrailles,

tu répands le parfum enivrant du romarin sauvage.

 

Dans les forêts de pins dorées, le sous-bois

se peuple de passereaux vifs

qui font tinter les clochettes de l'air.

 

Les blaireaux et les renards se terrent dans leurs trous

par-dessous les rochers pansus, ils comptent

calmement les pas des passants.

 

Dans tes vallées comme dans les plis de tes membres

il pousse des fougères et des sapins,

la pensée de la mort a bâti là son logis,

la trace du sabot de l'élan ne s'efface pas dans la mousse.

 

Je m'avance donc de souche en rocher, par le marécage.

Car je suis de toutes formes et de tous âges,

trace du pas de mes ancêtres autant que de mes descendants.

 

Je t'aimerai toujours, puisqu'on ne peut séparer

le sentier de la forêt sans détruire

le sentier, même quand la forêt demeure.

 

Tu n'as guère besoin de moi. L'arbre n'a pas besoin

du chant des oiseaux sur ses branches, mais

comme une mélodie têtue, je chante ta louange.

 

En toi je loue l'être même.

Tu as pacifié l'humeur rageuse de l'univers

pour tracer le sourire durable d'un après-midi sans fin,

la salle très solennelle de l'humaine beauté

que je compare à la forêt

pour te prendre et me perdre.

 

 

 

 

 

Pentti Holappa

Les mots longs

Poèmes 1950-1994

Traduit du finnois par Gabriel Rebourcet

Gallimard, 1997

SG