1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 09:38
  

Il n'a pas neigé. Et c'est étrange

Les esprits des hommes qui s'agitent,

Sur la terre ploie un arbre arctique,

Il a senti l'odeur de l'hiver.

 

Il a saisi la terre à pleines mains

Et cherche une goutte de chaleur au moins.

Dans la pierre froide pénètre

Son aiguille presque sans vie.

 

Ses ailes vertes sont retombées,

Sa racine s'enfonce d'un verchok* à peine !...

Et d'un ciel d'argent et de poussière

Est venue la première neige.

 

Dans un timide effort

Il va s'étendre sous la neige

Et pierre et vie sans mouvement

N'osera pas trembler.

 

Si tu allumes un feu de bois

Mort tu chasses aussitôt le froid

Et trahi par le mensonge du feu

Il se dresse de toute sa taille.

 

Ayant reconnu la tromperie

Il pleure alors au-dessus des braises

Qui brillent dans une brume blanche

La brume de la froide forêt.

 

Ses larmes une fois répandues

Dans l'infinie blancheur de la terre,

De nouveau terrassé par le gel

Il rampe jusqu'au printemps.

 

La terre sous le signe de l'hiver,

Tandis que la glace luit et rayonne,

L'arbre rajeuni et devenu vert

De dessous la neige se lèvera.

 

Et ses mains noires et crasseuses

Il les tend vers le ciel — là-bas

Où il n'y a chagrin ni supplice,

Où n'est plus la féroce banquise.

 

Il bruit dans son vêtement d'émeraude

Au-dessus d'une blanche terre vide,

Et l'espoir des hommes grandit

À la rencontre du printemps.

 

 

* Verchok : vieille mesure russe (4,4 cm)

 

 

 

Varlam Chalamov

Cahiers de la Kolyma

et autres poèmes traduits du russe

par Christian Mouze

Maurice Nadeau, 1991

SG