29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 07:06

 

Ils sont là, pleins de résine,

Leur hache entre les mains

Qui frappent sur l'échine

De ce grand bois de pins.

 

Ce bois, pure merveille

D'ombres et de senteurs,

Qui suit le sort pareil

De ce La Roque en pleurs.

 

Nul n'en était besoin

Pour nourrir son maître

De vendre du terrain

Ce bois qui l'a vu naître.

 

Mais qu'ont-ils dans les yeux

Et surtout dans le cœur

Pour n'en déduire mieux

La beauté du bonheur.

 

... Les larmes de sa sève

Coulent de ses blessures

Et l'homme grimaçant

Le frappe encore plus dur.

 

Il donne tant d'odeur

Par sa chair et ses entrailles

Qu'il semble vouloir saouler

L'homme qui le travaille.

 

On dirait que cet arbre

Voudrait venger ses frères

Qui gisent amoncelés

En cette autre clairière.

 

Soudain un coup de vent

Le fléchit davantage

Sa base pousse un cri

Mais c'est un cri de rage.

 

Et l'homme qui frappait,

Ne s'y attendant pas,

Dans les tronçons coupés

N'a reculé qu'un pas.

 

Et le pin crépitant

De ses branches qui cassent

De sa propre blessure

Frappe l'homme à la face.

 

J'accours pour secourir

Mais sa tête est sans forme.

Je vois, il va mourir...

Je plaignais l'arbre,

Je pleure l'homme.

 

 

 

Jean Palou

Mon rocher, mes ruines

1977

SG