18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 20:24

 

Trois arbres tombés

sont restés au bord du sentier.

Oubliés du bûcheron, ils s'entretiennent,

fraternellement serrés, comme trois aveugles.

 

Le soleil couchant verse

son sang vif dans les troncs éclatés,

les vents emportent le parfum

de leur flanc ouvert.

 

L'un, tout tordu, tend un bras immense,

frissonnant de feuillage, vers l'autre

et ses blessures sont pareilles

à des yeux pleins de prière.

 

Le bûcheron les a oubliés.

La nuit viendra. Je resterai avec eux.

 

Je recueillerai dans mon cœur

leurs douces résines, elles me tiendront lieu de feu.

Muets, pressés les uns contre les autres,

que le jour nous trouve monceau de deuil.

 

 

Gabriela Mistral

Poèmes choisis

Rombaldi

SG