19 janvier 2019 6 19 /01 /janvier /2019 08:50

 

Sur la route reste un arbre

Il reste ployé

Et tous les oiseaux de l'arbre

Se sont égaillés.

 

Trois vers l'ouest et trois vers l'est

Et le reste au sud

Laissant l'arbre à la tempête

À la solitude.

 

Je dis à ma mère : Écoute

Si tu n'y fais rien,

Ni une ni deux, ma mère,

Oiseau je deviens !

 

Je veux m'asseoir sur cet arbre

Je le bercerai,

L'hiver de belles complaintes

Le consolerai.

 

Mère dit : Nenni, mon fils !

Et ses pleurs ruissellent,

Tu pourrais, hélas, sur l'arbre

Prendre froid mortel !

 

Je dis : Mère, c'est dommage

Pour tes yeux si beaux.

Et avant qu'on s'en avise

Je suis un oiseau.

 

Geint la mère : Itsik, mon âme,

Au nom de Dieu, tiens,

Prends au moins ce petit châle

Et couvre-t'en bien,

 

Emporte avec toi tes bottes

Rude, l'hiver vient,

Mets ton bonnet de fourrure

Quel malheur est mien !

 

Emporte aussi ton chandail

Et mets-le, vaurien,

Si tu ne veux pas être l'hôte

De tous les défunts !

 

Qu'il est dur lever mes ailes,

Trop de choses, trop

Tu mis sur le corps, ma mère,

Du fragile oiseau.

 

Et tristement je regarde

En ses yeux si beaux,

Son amour m'empêche

De devenir oiseau.

 

 

 

 

 

Itsik Manguer

Texte traduit du yiddish par Charles Dobzynski

Le Miroir d'un peuple

Seuil, 1971

SG