24 avril 2013 3 24 /04 /avril /2013 06:08

 

Ce qu'avait transpiré ce bois,

Ce qu'avait mûri son attente,

Ce qui bougeait, chanson liquide

Dans l'ombre où le sang est plus chaud

Avec l'âme étrange des rives

Où traîne un sommeil de héron.

 

Ce qui va vers l'espoir du ciel

Route sans croix des aventures,

La forêt qui ronfle à midi,

La forêt capturant sa vierge.

 

La barque eut beau crier ce crime

L'air libellule est innocent,

Donnez un livre, je le jure !

Cela fait des siècles, Seigneurs,

Que la fille avait fait son pas

Vers la forêt dans la poussière,

Et les roseaux croyaient au sang

Pendant que nous rompions nos pains,

Et les verdiers criaient sa chute

Pendant que nous faisions nos lits,

Et la lune affichait son heure

Pendant que nous frottions nos yeux.

 

La fille est morte, Dieu la pèse,

Un nénuphar entre les seins,

Avec la boue elle ira loin,

Ella a moins de péchés qu'on chante

Ella a de quoi rire et danser

Sous les palmiers du paradis,

Et garde un pied dans nos chimères

Dans le nid des ramiers rêveurs.

 

L'aube est lourde comme un pavé

Le vent noir fait son tour de branche

Fusil au cœur, quel enthousiasme !

Vous qui voyez passer des filles,

Allez au bois, tirez les sèves,

Tendez la vieille peur des hommes,

Le manteau des yeux refroidis ;

Quand vous verrez passer des filles,

Vous écrirez de votre sang

Des pardons sur l'arbre et la pierre.

 

 

 

Charles Bourgeois

Le paysan mort

L'arbre à paroles, 1998

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