Beaux arbres féminins au ventre
d’aubier tiède
Le miel de votre sève est
rivière aurifère
Qui nourrit de mots purs
ce germe de poète
Qu’un orage rupture un
soir expulsera.
C’est vous, arbres
enceints aux seins d’écorce blanche
Qui allez lui apprendre, à
nager dans les eaux
Très musicalement
porteuses de murmures,
Le galop de l’artère et la
gamme des souffles.
Arbres à l’ombre lente
avide de soleils
Vous tendez vers le ciel
l’élan de vos colonnes
Pour en secret construire
une arche reins ployés
Qui sera porte d’or aux
pèlerins stellaires.
Mes arbres métissés, forêt
touffue d’oiseaux,
Votre effort aiguë forge
en le fer bleu du ciel
La forme du destin et le
chiffre éphémère
Qui désigne une force en
la paume des feuilles.
Arbres, apprenez-moi à
écouter la mer
Et à goûter l’amer que la
vague et le vent
Sur ma bouche entrouverte
en embruns élaborent
Pour donner goût de vrai
aux voix de mon poème.
Ô mes arbres têtus, gardiens de
mes moissons,
Avoines à foison, pivoines
en fusion,
Bétoines en frissons que
froissent les cétoines,
Vos ombres floues
ponctuent le champ de ma récolte.
Chers arbres, mes amours
en robe de bruine,
Trembles sous la trempée,
charmes sous la chablée,
Avernes sous l’averse,
ormeaux sous les orages,
Vous vibrez sous les
pluies qui lavent vos gerçures.
Arbres roux au levant
solaires sémaphores,
Arbres blancs que midi en
cascade éclabousse,
Arbres mauves au soir que
la lune caresse,
Vous épousez votre ombre
aux noces de la nuit.
Arbres harmonieux, ma
famille affermie,
Souche à souche enchâssée
dans la chair de la terre,
J’écoute grésiller le feu
de vos serments
Comme sarments d’hiver que
le serpeau refend.
Et moi, diseuse de gués,
guetteuse d’ondées,
Immobile au milieu du
temple clairière,
J’attends le temps sacré
de l’enracinement
Qui va me transmuter dans
la splendeur de l’arbre.
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Le François Coppée |
Photo : Jean-Pierre Desthuilliers