16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 10:05

 

Nos hivers demeurent

un peu trop longtemps :

tous nos oiseaux meurent

avant le printemps.

 

Pleurent les cors de chasse,

la bise de janvier —

après les saints de glace

le ru coule au gravier.

 

Tout mon espace vibre

sous la neige ténue

qui me prend fibre à fibre

et dissèque ma force.

 

Hiver, mon héritier,

je te rends mon écorce :

déjà le ciel entier

dans mes bras s'insinue,

 

sous mes vieux nids d'oiseaux

fore une aube inconnue

qui comme les termites

efface mes réseaux.

 

Farine de bois blet

où les fourmis s'agitent,

sous la griffe du temps

mon aubier se défait.

 

Pourvu que ce printemps

passe sans trop de peine :

ma ramure malsaine

craint la grêle et le vent.

 

Embrase les étangs

et monte au lieu de sève

Rose des pourritures

qui couronne ma souche !

 

Le dégoût du vivant

tellement me soulève

que l'élirai ma couche

entre les moisissures.

 

Ce n'est rien de crouler

si l'on s'affaisse en douce

et si l'on peut rouler

sur le dos sans secousse.

 

Pleurent les cors de chasse,

meure le sanglier —

à la fonte des glaces

demeure le charnier.

 

 

 

 

Claude Vigée

Mon heure sur la terre

Poésies complètes 1936-2008

Gallaade Éditions, 2008

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