1 septembre 2011 4 01 /09 /septembre /2011 07:25
  

Peu à peu l'arbre aimé grandit

et la cime qui fut voisine des yeux

les dépasse et s'éloigne de notre temps.

Pure évidence d'écorce, ténébreux

le règne de la sève, l'obscurité de l'origine,

le lieu secret de la soif, de la montée

vers la lumière. Et jamais plus ne m'appartiendra

ce vertige, l'arbre enfant qui se reflétait

dans les yeux de l'enfant, ma pensée maintenant

imagine sa paix que ne troublent plus des yeux sub-

    lunaires,

lui solitaire dans ses feuillages et dans sa miraculeuse

ascension vers l'azur. Ainsi sous la dure

écorce impénétrable aux yeux, vif encore

seulement dans un souvenir lointain sans souvenir,

il remonte le fleuve aimé qui ne me reflète pas,

d'autres fleuves ainsi passent par des lits connus

vers le delta d'eaux vertes, jusqu'au territoire paternel

de la mer que strient les vents, que j'aimai, qui me

    baigna

et me déposa entre ces cimes

désormais inaccessibles, et la furieuse,

l'inconnue, la déchirante origine.

 

 

 

 

Roberto Mussapi

Le voyage de midi

suivi de Voix du fond de la nuit

Traduit de l'italien par Jean-Yves Masson

Gallimard, 1999

SG