1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 14:48

 

Où, dans quels jardins toujours délicieusement arrosés, sur quels

arbres, dans quels calices de fleurs tendrement effeuillés

mûrissent les fruits étranges de la consolation ? Ces

fruits savoureux, dont l'un peut-être dans la prairie piétinée

 

 

de ta pauvreté se trouvera. De l'une à l'autre fois,

tu t'extasies sur la grosseur du fruit,

sur son bel état, sur la douceur de sa peau,

et t'étonnes que l'insouciance de l'oiseau ne te l'ait pas ravi, ni

                                                                             la jalousie

 

 

du ver à la racine. Y a-t-il donc des arbres, survolés par les anges,

par des jardiniers secrets et lents si étrangement cultivés

qu'ils puissent porter leurs fruits pour nous, sans nous appartenir ?

 

 

N'avons-nous jamais pu, nous, ombres et schèmes,

par nos actes prématurément mûrs et bientôt desséchés,

troubler l'égalité de ces étés paisibles ? 

 

 

 

 

Rilke

Les Élégies de Duino

et Les Sonnets à Orphée

Traduits par J.F. Angelloz

Éditions Montaigne, 1943 

 

 

 

                                     ♦

 

 

 

Wo, in welchen immer selig bewässerten Gärten, an welchen
Bäumen, aus welchen zärtlich entblätterten Blüten-Kelchen
reifen die fremdartigen Früchte der Tröstung ? Diese
köstlichen, deren du eine vielleicht in der zertretenen Wiese

deiner Armut findest Von einem zum anderen Male
wunderst du dich über die Größe der Frucht,
über ihr Heilsein, über die Sanftheit der Schale,
und daß sie der Leichtsinn des Vogels dir nicht vorwegnahm

                                                     und nicht die Eifersucht

unten des Wurms. Gibt es denn Bäume, von Engeln beflogen,
und von verborgenen langsamen Gärtnern so seltsam gezogen,
daß sie uns tragen, ohne uns zu gehören?

Haben wir niemals vermocht, wir Schatten und Schemen,
durch unser voreilig reifes und wieder welkes Benehmen
jener gelassenen Sommer Gleichmut zu stören ?

 

 

 

Rilke

Duineser Elegien und

Die Sonette an Orpheus

SG