14 août 2010 6 14 /08 /août /2010 15:46

 

lieu de la peur, car les arbres, fantômes d'eux-mêmes

se dédoublent, se déprennent de conciliabules secrets où

conspirait la quintessence immobile du vent cependant que

les feuillages supérieurs donnent le change, bruissent d'un

message aérien banal, le bois retient ses souffles ne les

libère que convertis en ombres animales aussi nombreuses

qu'il y a des craintes dans la respiration d'un seul homme

progressant entre les branches vives qu'il contourne en se

baissant tandis que craquent les rameaux morts sous ses pas

dans la pourriture des feuilles agglutinées au terreau et que

son haleine met en fuite toute une ramure d'ailes à peine

reconnaissables, comme une église de bois, mais plus secrète,

plus profondément religieuse d'une résonance infiniment plus

sonore que le moindre assemblage de fûts et de dalles urbains,

introduit dans le vif du silence que suscite, par sa seule présence

le fidèle, l'homme lié à son souffle par un contrat dont l'origine

recule, s'accointe avec le suspens nocturne, se diffère au contact

de feuilles invisibles comme si la singularité de chacune s'éveillait

sous sa singularité à lui, que le monde s'épelait à l'envers du bruit

 

 

 

Jacques Darras

La Maye

Trois Cailloux

SG